Ecologie spatiale des sangliers

Sanglier
Nous étudions, grâce au suivi GPS et aux pièges photographiques, la manière dont les sangliers se déplacent dans le paysage.



Des captures de sangliers, autorisées par arrêtés préfectoraux, sont réalisées à l’aide de cages-pièges appâtées au maïs. Les sangliers capturés sont alors équipés de colliers GPS.

Ces colliers, qui acquièrent les localisations toutes les 30 minutes et les transmettent par le réseau GSM ou par satellite, nous permettent de suivre les déplacements des animaux de manière précise, même sur de grands territoires. Ces données nous permettent d’étudier l’utilisation par les sangliers des sites d’intérêt (villages, zones agricoles, aires protégées…), jour et nuit, entre saisons, et de révéler le lien entre différentes zones du territoires.

Par exemple, la figure ci-dessous montre comment ces données révèlent l’utilisation de l’espace d’un sanglier utilisant un village (La Calmette) et des vignobles sur le territoire des gorges du Gardon, la nuit (localisations rouges) et le jour (localisations jaunes). On découvre de plus un effet ‘frontière’ marqué induit par la route nationale Nîmes-Alès.

Nos données montrent par ailleurs l’existence d’allers-retours rapides (‘raids’), de quelques heures, entre le sud du village de La Calmette et la périphérie de Nîmes. Les deux trajets montrés ci-contre ont été réalisés à des dates différentes, par deux animaux différents.
L’utilisation du milieu (péri-)urbain par les sangliers est une problématique de plus en plus forte, et les données des colliers GPS permettent de mieux comprendre les stratégies comportementales des sangliers qui viennent, la nuit, au contact des habitations. Dans l’animation ci-dessous, on identifie facilement la zone de remise d’un jeune sanglier mâle fréquentant souvent le village de Poulx (Gard).
Ces données GPS permettent également de mettre en évidence la variabilité des comportements. Par exemple, la figure ci-dessous montre deux stratégies contrastées d’utilisation de l’espace en limite de la zone coeur du parc national des Ecrins (ligne rose). A gauche, les localisations un mâle utilisant la zone cœur le jour (localisations jaunes) et les plaines la nuit (localisations rouges). A droite, les localisations d’une femelle utilisant principalement la vallée en contrebas du village d’Entraigues, où les deux animaux ont été capturés.

Finalement, il n’est pas rare que ces données GPS mènent à quelques surprises. Par exemple, à la découverte (figure ci-dessous) du trajet de dispersion natale d’un jeune mâle. Celui-ci, parti des gorges du Gardon fin mai, s’est établi à Sorgues après avoir traversé le Rhône. Il a été tué dans une collision avec un camion en octobre, après avoir repris son exploration vers l’Est.

Pour complémenter l’approche par suivi GPS, nous déployons des pièges photographiques aux frontières inter-milieux (limites réglementaires d’aires protégées, bordures de zones agricoles…) pour évaluer les flux de sangliers et leurs dynamiques quotidiennes.

Pour rendre possible l’analyse des images issues du déploiement à large échelle de nombreux pièges photographiques, nous développons des méthodes d’apprentissage automatique issues de l’intelligence artificielle. Ci-dessous, l’ordinateur a identifié sur chaque image un ‘objet’ (cadre violet), et a attribué à ces objets une probabilité très élevée d’être des sangliers. Avec cette approche, nous pouvons espérer traiter les dizaine de milliers de photos récoltées.